L'autre, je l'ai laissé dans mon quotidien. Ce quotidien qui ne me séduit plus, où aucune extravagance et acte singulier ne montre le bout de leur nez. Il sait lui, faire face à tout cet ennui, à tous ces jours qui passent et se répètent presque à l'identique. Pendant de nombreuses années, il a appris à porter cet habit sociétaire imposé par ses pairs. Il peut ainsi donner le change, côtoyer la rencontre et la communication, fonctionner sans problème et continuer à espérer un chemin communautaire ou il partagerait, le plaisir des sens, le ressenti de l’existence. Il a encore cette force pour assumer l'histoire de sa vie, je lui fait confiance. Il est ce que je ne suis pas. Notre accord est de longue date, dans une cohabitation difficile mais sans faille, je sais qu'il sera toujours là pour me préserver de la vacuité par ses regards perçants, ses propos spontanés et rudes, son sens de l'analyse et l' esprit guerrier dont il s’arnache parfois. Il trouve toujours les mots qui m'obligent à ne pas abandonner.
Aujourd'hui , je suis fatigué de ce rôle qu'il me fait tenir, comédien amateur d'une vie qui ne me convient plus.
Alors sans le lui dire, même si je sais que ce ne sera que de courte durée, je me suis enfui loin de lui, loin de tous, vers des rivages plus accueillants, où je pourrai lâcher prise, et me rapprocher de moi que je n'ai plus revu depuis tant d'années déjà.
Il y a bien longtemps, j'ai découvert dans les cartes marines de mes océans intérieurs un endroit que je suis le seul à connaître, une petite île déserte perdue au plus profond de mon esprit. Elle est aussi sauvage et belle que pouvait l'être celle de Robinson Crusoé. Je dirais même plus loufoque, l'île de toutes les tentations ou les mots, quotidien, banal, ordinaire,commun n'ont aucune réalité.
A peine échoué de mon désir de fuite, j'ai commencé à l'explorer, par curiosité, pour me surprendre, pour respirer à nouveau.
De cette plage couleur crème, au sable immaculé, où je viens de poser l'empreinte de mes pieds , un chemin s'ouvre et monte en pentes abruptes vers le sommet de l'île. Il est sinueux à souhait, tortueux comme je les aiment, abrité par une forêt d'arbres aux couleurs surprenantes, jaune orangé pour le feuillage, rouge pourpre pour les troncs. Je l'emprunte avec l’énergie de celui qui n'a rien à perdre,celui qui cherche au cœur du désespoir celles et ceux qui me feront vibrer à l'unisson avec cette terre qui m'a donnée la vie, mais ou je peine à exister.
Le chemin que je suit n'en fini pas de me ramener à l'envie. A l'entrée du sous bois collé à une branche, une chrysalide s’étiole, elle étouffe, se morfond dans son cocon qui la retient prisonnière depuis de nombreuses années. Elle voudrait déployer ses ailes et virevolter avec aisance sur cette île passionnante, passionnelle. Je décide de l'accompagner dans sa métamorphose. Elle m'apporte la renaissance dont j'ai tant besoin pour continuer à avancer, moi je la libère de son passé larvaire pour un nouveau statut, celui de papillon ouvert à la vie. Réfugié dans mon îlot paradisiaque, protégé de mes peurs, je n'ai pas vu grandir son désir de voler plus loin encore, pour retourner à la vraie vie. Elle me demande de la suivre, et de l'accompagner pour toujours. Je la laisse pourtant prendre son envol et s'effacer de mon horizon, car je ne peux me résoudre à quitter mon refuge, à sortir du chemin qui doit me mener au bien être, au bien vivre.A ce que je crois.
Plus-tard au détour d'un lacet, posée sur une pierre, une libellule aussi grande que ma soif de découverte, se chauffe d'un rayon de soleil . Ses couleurs sont indescriptibles et fausse mon jugement. Je m'approche et la contemple. La demoiselle est occupée et ne me prête aucune attention. J'attends encore un peu, on ne sais jamais elle pourrait poser ses yeux aux multiples facettes sur ma personne et désirer me connaître. Il faut me rendre à l’évidence son manque d’intérêt est flagrant. Je dois reprendre ma route.
Dépité j'ai continué à marcher de longues heures durant,cherchant à retrouver les forces de l'espoir.
"-Ou va tu si vite petit chauve lance une voix venu de nulle part?".
J'ai beau ouvrir grand les yeux, tourner ma tête aux quatre coin cardinaux, rien ne se présente à moi.
"-je suis là" dit la voix.
A quelques mètres, lové à l'entrée de son terrier, à demi camouflé par de la mousse et des brindilles, un Ver d'un rose vif me regarde. Il est nu comme au premier jour de l'humanité, et ses yeux ronds ou se reflètent intelligence et bonté me donne l'envie de le protéger. Nous sympathisons, nous nous racontons nos vie, j’apprécie d' être à ses cotés, il aime que je pose mon regard sur lui.
Je lui propose de me suivre vers cette quête du bonheur, vers le sommet de cette île ou l'air est si pur qu'il vous enivre pour toujours.
Le Ver est bien tenté mais l'organisation de sa vie lui prend beaucoup de temps, il doit avec ses congénères continuer a creuser les multiples galeries qui le mèneront a un réseau très organisé ou il sait trouver sa place.
Mes pas reprennent alors leur cadence, dans cette montée qui semble sans fin. Je reste déterminè, au sommet de mon île il y a ma renaissance, ma guérison.
Je sors maintenant de la forêt, la pente est devenue herbeuse, les arbres se font plus rare, les vents d'altitude chahutent et torturent fortement leurs formes. Moi je n'ai qu'une idée, arriver au sommet, pour contempler sans fin et dans son ensemble, ce modeste royaume qui est le mien, et toucher au plus prêt l'indicible sentiment d'être enfin accompli.
Mais ce paradis fugace n'est qu'un refuge pour vagabond névrosé, et non loin de moi, dans ces verts pâturages qui m'entourent, un mouton nain nommé Juju ce met en tête de me le rappeler.
"-Alors c'est toi qui fuit ta vie, qui ne te trouve pas heureux , qui cherches à te nourrir d exaltations et de rencontres. Qui ne sait pas apprécier le moment présent avec simplicité".
Tu me fait rire l'humain, je vois bien que tu ne comprends rien a ton monde, regarde, moi je broute à longueur de journée cette herbe grasse et humide, je regarde sans peine et avec délectation le soleil entamer sa course jusqu'au couchant, puis le soir venu je me couche, je rumine et je souffle l’odeur de ma journée sous le regard protecteur de notre mère la lune. Et tu sait quoi petit homme je suis rempli de reconnaissance. Exister est l'histoire la plus aboutie qui soit , arrête de psychoter , ouvre les yeux et retourne fusionner avec l'autre, vous avez besoin de vous unir , c'est a deux que vous toucherez au paroxysme de la vie.
Ébaubi par le discourt que viens de me tenir ce mouton et conscient qu'il touche à la vérité, je termine mon ascension, troublé et nerveux. Retourner aux realités me fait peur. Le sommet et maintenant très proche, j'y arrive à présent. A mes pieds mon île, mon imaginaire. Au loin l'horizon et ses vérités. Assis sur mon sommet, fatigué par tant d'errance, j'allume le brasier de mes yeux, pour me
signaler, pour exulter toujours et encore, pour que ma destinée si elle me cherche, accoste
et m'emporte dans mon habit de Robinson, à la découverte de celui que j'attends depuis si longtemps. Mon plus beau voyage.
jjr
On aime ce Robinson, héros des Beaux et des Belles. Rien de désuet, un habit vert comme les forêts où l'on souhaite se ressourcer. Un grand coeur
RépondreSupprimerqui séduit, un homme qui aime se cacher pour mieux se regarder et qui prend de la distance et de la hauteur pour embrasser le MONDE.
Chance pour les Belles qui le rencontre. Ne pas forcer son envie, se contenter de le frôler, de le croiser. Toutes n'ont pas cette chance.
Il y a des soirs où Robinson se confond avec ses créatures imaginaires : vertes, torturées, inquiétantes, sensuelles, déformées mais jamais monstrueuses. Il a du mal à les quitter, normal il les a fait naître mais il doit apprendre qu'il peut vivre à leur côté et ne pas oublier la réalité sans en avoir peur. L'imaginaire ne devrait rester qu'un refuge.
J' aime ta vision du texte anonyme, elle est si vraie, elle me séduit. Continu de partager avec moi, le chemin que je suis est ouvert tous, mon désir profond la rencontre....jjr
RépondreSupprimerJ'accepte ce partage et suivrai ce chemin.
RépondreSupprimerDans l'attente de nouvelles chroniques, sources d'inspiration qui mêlent mots, sensations, parfums parfois, visions, évasions...VERS ET POUR LA RENCONTRE.