Salle voûtée, cave pavée,
je m’immisce dans tes pensées
Lumière jaune et chaude encourage
mes visions
Des jeux d’ombres se détachent,
vacillants sur les murs de pierre
Deux silhouettes,
accrochées l’une à l’autre pour n’en faire qu’une, virevoltent sur un rythme
saccadé, ponctué de chocs martelés
Ils sont envoûtés
Subjugué par leur délicatesse,
je les fixe au travers de tes yeux, verts dorés
Blotti au cœur de tes
pensées, fasciné par ton envie de les aimer
Je m’identifie
Je suis tango
Elle, grande, mince et
brune
Les cheveux relevés en
chignon, porte une fleur rouge pourpre, seule touche écarlate sur un ensemble
noir
Une robe coupée sur
mesure enveloppe son corps vivant, son corps dansant
Une taille serrée
rehausse sa poitrine que l’on devine ronde
Légèrement évasée, la
robe découvre des plis bien ajustés qui donneront de l’aisance à ses mouvements,
des plus calculés
Nos regards descendent et
découvrent ses longues jambes, en bas résille
La couture parfait ses courbes et suggère l’indiscret
Des chaussures à talons
carrés, glissent, survolent et claquent le sol
Fasciné, par tant de
splendeur détaillée, charmé par ton verbe qui touche mon cœur
Je m’identifie
Je suis talons
Lui, grand, mince et
brun
Le cheveu, luisant,
gominé et plaqué en arrière, porte à la boutonnière la même touche écarlate
La chemise sous le gilet,
près du corps, et le pantalon fuseau noirs de jais, dessinent un corps non moins
vivant, non moins dansant
Nos regards ne peuvent se
détourner de la grâce de ce couple
La musique intimement
liée aux déliés de leurs jambes inspire l’harmonie
Ils sont tendus comme
des arcs prêts à décocher et nous livrent cependant un équilibre irréprochable,
mêlé de concentration et de souplesse
Au son du bandonéon, les
mouvements se figent et se détendent, arabesques
sensuelles,
Semblables à celles de deux amants sur une
même couche
Les mains sont serrées
et les jambes s’enlacent
Corps à corps, déroulés,
gestes lents et langoureux
Entrecoupés de gestes
vifs, courts, presque cassants
Des frissons nous
parcourent à chaque frôlement
Résultat d’une magie, d’un
art savamment maîtrisé
Les
regarder s’enlacer, te voir accepter leurs ébats orchestrés, leur complicité magnifiée
M’obligent à m’imaginer
lové contre elle, à tournoyer sans fin sur les timbres enivrants de cette
musique
Je m’identifie
Je suis bandonéon
Devant cette évocation
aux approches lentes, aux figures passionnelles, aux douceurs amoureuses, tu m’offres
ta représentation de ce duo qui danse
Je profite et je savoure
le goût de tes mots qui me font voyager
Je m’identifie
Je suis tango
Tu es talons
Nous sommes bandonéon
texte co-écrit par Chantal Soulé et JJR
Ce qui me séduit à mon tour c'est la signature de tes mots, de ton style
RépondreSupprimerque je connais assez bien maintenant. Ils ont su cohabiter avec les miens.
A la manière d'une chanson écrite à deux, ce texte visuel et poétique
swingue sur des airs argentins, il me plaît car je le revisite en tant
que spectatrice qui n'est plus seule à recevoir les émotions de ces deux
danseurs.
J'ai le sourire en relisant ce texte puisque c'est à la fin que j'ai découvert qu'il était écrit par deux personnes que je connais et apprécie depuis longtemps. Je souris du plaisir de votre complicité, de l'amitié qui perdure et de le partager à travers la lecture que j'en fait.
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