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La soucoupe volante



Ce soir- là, ma compagne et moi étions invités à manger chez un couple d'amis musiciens. Nous devisions autour d'un bon repas, préparé par Julie la maîtresse de maison. Les conversations allaient bon train, sur  les enfants, le travail, les projets de vacances et les hobbies.

 A ce propos, j'indiquais à mes hôtes mon plaisir d'imaginer et de créer des créatures extraordinaires auxquelles parfois j'aurais aimé attribuer une existence réelle sur notre terre. Un peu comme des extraterrestres qui seraient venus nous rendre visite. Précisant que j'adorais l'idée, "  selon laquelle nous ne sommes certainement  pas seul dans l'univers."

Cette réflexion enthousiaste de ma part, pendant quelques instants, plongea la pièce dans le silence. Julie, après avoir regardé son compagnon Rémy et obtenu son assentiment, s'adressa à nous. Ils avaient quelque chose à nous dire! Et elle commença à raconter : …… .

"- Dans les années quatre- vingt, Rémy et moi faisions beaucoup de concerts dans la région, il nous arrivait souvent de rentrer très tard. Une nuit, au retour d'une prestation au fin fond du Comminges, il devait être cinq heures du matin, nous roulions à vive allure sur la route de Luchon pressés de rentrer nous coucher. Quand tout à coup sur notre gauche, haut dans le ciel, trois cercles  de dimensions imposantes, auréolés d'une lumière puissante et blafarde nous apparurent.

Rémy stoppa la voiture sur le bas-côté de la route et malgré le froid du matin qui naissait, nous descendîmes pour essayer de comprendre ce phénomène qui nous laissait sans voix. "

C'est  alors que Rémy reprend le fil de l'histoire.

"-Les trois cercles lumineux se sont mis à entamer une descente ponctuée d'arrêts, et à cinq ou six cents mètres du sol,  ils se sont stabilisés. Effrayés mais poussés par la curiosité nous  nous sommes approchés. Plus nous avancions, plus les anneaux concentriques devenaient imposants. Cent à cent cinquante mètres de diamètre me semblait-il. La peur ayant fait son œuvre nous sommes restés pétrifiés, hypnotisés par ce que nous regardions. Impossible pour nous d'aller plus loin, ni pour avancer, ni pour fuir. Après un temps que je ne saurais définir, et en quelques fractions de secondes fulgurantes, les trois apparitions disparurent. Un silence effrayant accompagné d'un épais brouillard envahit alors l'immense plaine du Bazer. Voilà ce que nous avons vu. Nous sommes persuadés d'avoir été les témoins d'une visite d'engins extraterrestres! "

Un nouveau silence s'installa, ma compagne et moi, incrédules mais troublés par l'intensité narrative de nos amis, leur bouleversement encore palpable, cherchions à garder un esprit rationnel.

Une discussion s'engagea longuement sur les probabilités d'un tel phénomène. Eux dans leur certitude d'avoir vécu l'exceptionnel, nous dans la recherche d'une vérité satisfaisante pour nos esprits cartésiens.

La soirée continua ainsi à parler de la venue irrationnelle de petits hommes verts, de manifestations inexpliquées relatées dans les médias, de leur rencontre invraisemblable avec des ovnis.

Imprégnés de ces idées singulières et des certitudes convaincantes de nos amis, nous prîmes congés, tard dans la nuit.

Le trajet de retour se déroula dans le silence et l'obscurité d'un ciel sans étoiles, par de petites routes étroites, qui longent la Garonne, nappées d'une brume aux effets fantasmagoriques et propices aux imaginations farfelues. 

Cela faisait  maintenant vingt minutes que nous roulions, et à l'approche de la route du Fréchet, je marquais l'arrêt au stop pour bifurquer à gauche et traverser le village.

Le cri que poussa ma compagne au moment où j'allais repartir me fit caler avec le véhicule.

Ces yeux regardaient fixement au travers du pare-brise, le faîte des arbres de l'autre côté de la route.

Ce que nous observions à ce moment-là, défiait l'entendement, nous étions au-dessous d'une soucoupe volante! Le diamètre de l'engin nous englobait totalement  et d’où nous étions, nous n'apercevions que la moitié circulaire du vaisseau spatial. La forêt dense et noire faisait barrage.

Hébétés, nous fixions sans comprendre l’étrange phénomène. Des lumières rectangulaires  à égale distance les unes des autres, d'un bleu fluorescent clignotaient à intervalles réguliers sur les bords et tout autour du vaisseau.  Elles s’arrêtèrent net de longues secondes, nous plongeant dans la pénombre.

Mon amie commença à trembler de peur, et me demanda avec insistance de redémarrer l’auto. Je m'exécutai fébrile et soucieux de nous mettre à l'abri.

Les dix minutes qui suivirent jusqu'au retour chez nous, ajoutées à la frayeur et l'angoisse qui nouaient nos esprits, nous convainquirent d’avoir assisté à un phénomène paranormal.

Je fus surpris de comprendre que l'idée d'une telle aventure malgré les angoisses qu'elle suscitait, me plaisait beaucoup. L'envie de retourner sur les lieux de l'apparition s'imposait à moi comme une nécessité.  

Ma compagne déposée, et en charge de téléphoner à Julie et Rémy pour leur annoncer la nouvelle, que dis-je, le séisme qui nous tombait dessus, je repartis vers  ce que je croyais être la rencontre de ma vie. 

Plus j’approchais du point de rencontre, la tête emplie d’interrogations et d’idées confuses, plus j’étais excité à l’idée de découvrir l’impensable.

Cependant, alors que je roulais aux pas, guettant l'incroyable apparition sur la route surplombant le petit hameau du Fréchet, un faisceau lumineux attira mon attention. Il provenait de l'un des villages implanté sur les collines alentours à quelques kilomètres d’où je me trouvais.

Ma déception n’eut d’égal, à ce moment- là  que mon soulagement. Je venais de comprendre l'ampleur de notre méprise, l’horrible quiproquo déclenché par la charge évocatrice insufflée par nos amis et leur histoire d'ovnis. 

Désappointé, vexé par tant de naïveté, je descendis de la voiture, et regardai durant de longues minutes le faisceau laser qui naissait au loin dans une fête foraine. Il inondait la nuit de son cercle magique, lâchant ses petits rectangles bleus au rythme régulier de la chanson qui me parvenait avec peine aux oreilles et qui me sembla on ne peut plus appropriée. " Il suffira d'un signe" de Jean-Jacques Goldman. 

                                                                                                                            



                                                                     JJR



Commentaires

  1. il suffira d'un signe pour que moi aussi j'y crois,
    il y a quelques temps de ça, haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaline

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