Il y a maintenant plus de vingt minutes que nous patientons devant l'entrée des soins intensifs de l’hôpital. Pierre mon père à trouvé appui contre le mur , face à la porte, il fatigue, son genou le chagrine. Nous attendons que l'on veuille bien nous ouvrir, pour aller visiter Éliane ma tante trisomique et sœur de mon père.
Elle a été hospitalisée pour un encombrement important des bronches, qui l’empêche de respirer correctement et lui provoque beaucoup de fièvre.
La lumière verte s'affiche enfin, nous pénétrons dans le sas de stérilisation. J'aide mon père a se dévêtir , puis nous passons un produit désinfectant sur nos mains.
L'infirmier nous invite à le suivre jusqu'à la chambre huit, il est sympathique et parle d'une voix douce. Il nous informe que le médecin de garde souhaite nous parler des que nous le voudrons.
Dans la chambre il y a Claudine, l'autre sœur de mon père, elle nous accueille les yeux pleins de larmes.
Je regarde Éliane, elle est minuscule dans ce lit d’hôpital, sa respiration est forte, elle se bat pour attraper l'air, ses gémissements sont déchirants.
Nous restons un long moment prêt d'elle, autour d'elle, à la toucher et lui parler avec l'espoir qu'elle nous entendent, qu'elle nous comprenne.
Mon cousin et sa femme viennent d'arriver, puis mes cousines, nous sommes maintenant très nombreux à la regarder, à parler d’elle, de sa vie avec chacun d'entre nous. De ses éclats de rire, de ses bouderies interminables, de sa différence, de notre peine à la voir commencer à nous dire adieu.
Il nous faut maintenant aller affronter les paroles de ce médecin, nous sentons bien ce qu'il veut nous dire. Il va nous falloir abandonner l'espoir et accepter les dures réalités de la mort.
L'infirmier toujours attentionné nous dirige vers une salle d'accueil, ou nous prenons place. Il n'y a pas assez de sièges pour pouvoir tous nous asseoir, qu'importe nous sommes un peu perdus, suspendus à l'attente de la rencontre avec le chirurgien.
A la fin, nous le voyons apparaître à la porte de la salle. Il est jeune, sa voix est calme, ses gestes posés.
Après nous avoir salué, il entre très vite dans son sujet et retrace les différentes interventions qu'il a pratiqué sur Éliane, il nous les décrit très traumatisantes pour elle. Il parle aussi de ses espoirs pendant un ou deux jours, convaincu par la contre attaque d’antibiotiques surpuissants mais finalement mis en échec par la force et l'importance de l’infection. De son peu de marche de manœuvre face au petit corps trisomique déjà trop affaibli par la vie, abîmé par les actions chirurgicales.
Lui il a appelé ça la particularité du terrain. Quant il en a eu fini avec les explications techniques, il nous a demandé si nous avions des questions, si nous comprenions bien la gravité de l’état de santé d’Éliane.
Sans mots, nous avons acquiescé, puis Claudine au non de tous l'a remercié pour son aide, son professionnalisme .
Il a alors prononcé la question que nous redoutions tous .
-"Voulez vous que nous commencions le protocole de fin de vie?".
Nous nous sommes regardé tous, sans fuir nos peurs, et chacun de notre place avons répondu favorablement à sa demande, pour arrêter les souffrances de notre sœur et tante, pour l'amour que nous lui portons.
longtemps nous sommes restés à coté d'elle, avec elle, pour l'accompagner, pour ne pas la laisser partir trop vite.
L’infirmier, disponible et prévenant, a augmenté les doses de morphine, il lâche pour nous rassurer:
-"elle ne va plus souffrir".
J'ai embrassé Éliane une dernière fois, son corps semblait apaisé, son visage reposé.
En refermant la porte de la chambre, je savais que demain, je la reverrai morte.
jjr
Elle a été hospitalisée pour un encombrement important des bronches, qui l’empêche de respirer correctement et lui provoque beaucoup de fièvre.
La lumière verte s'affiche enfin, nous pénétrons dans le sas de stérilisation. J'aide mon père a se dévêtir , puis nous passons un produit désinfectant sur nos mains.
L'infirmier nous invite à le suivre jusqu'à la chambre huit, il est sympathique et parle d'une voix douce. Il nous informe que le médecin de garde souhaite nous parler des que nous le voudrons.
Dans la chambre il y a Claudine, l'autre sœur de mon père, elle nous accueille les yeux pleins de larmes.
Je regarde Éliane, elle est minuscule dans ce lit d’hôpital, sa respiration est forte, elle se bat pour attraper l'air, ses gémissements sont déchirants.
Nous restons un long moment prêt d'elle, autour d'elle, à la toucher et lui parler avec l'espoir qu'elle nous entendent, qu'elle nous comprenne.
Mon cousin et sa femme viennent d'arriver, puis mes cousines, nous sommes maintenant très nombreux à la regarder, à parler d’elle, de sa vie avec chacun d'entre nous. De ses éclats de rire, de ses bouderies interminables, de sa différence, de notre peine à la voir commencer à nous dire adieu.
Il nous faut maintenant aller affronter les paroles de ce médecin, nous sentons bien ce qu'il veut nous dire. Il va nous falloir abandonner l'espoir et accepter les dures réalités de la mort.
L'infirmier toujours attentionné nous dirige vers une salle d'accueil, ou nous prenons place. Il n'y a pas assez de sièges pour pouvoir tous nous asseoir, qu'importe nous sommes un peu perdus, suspendus à l'attente de la rencontre avec le chirurgien.
A la fin, nous le voyons apparaître à la porte de la salle. Il est jeune, sa voix est calme, ses gestes posés.
Après nous avoir salué, il entre très vite dans son sujet et retrace les différentes interventions qu'il a pratiqué sur Éliane, il nous les décrit très traumatisantes pour elle. Il parle aussi de ses espoirs pendant un ou deux jours, convaincu par la contre attaque d’antibiotiques surpuissants mais finalement mis en échec par la force et l'importance de l’infection. De son peu de marche de manœuvre face au petit corps trisomique déjà trop affaibli par la vie, abîmé par les actions chirurgicales.
Lui il a appelé ça la particularité du terrain. Quant il en a eu fini avec les explications techniques, il nous a demandé si nous avions des questions, si nous comprenions bien la gravité de l’état de santé d’Éliane.
Sans mots, nous avons acquiescé, puis Claudine au non de tous l'a remercié pour son aide, son professionnalisme .
Il a alors prononcé la question que nous redoutions tous .
-"Voulez vous que nous commencions le protocole de fin de vie?".
Nous nous sommes regardé tous, sans fuir nos peurs, et chacun de notre place avons répondu favorablement à sa demande, pour arrêter les souffrances de notre sœur et tante, pour l'amour que nous lui portons.
longtemps nous sommes restés à coté d'elle, avec elle, pour l'accompagner, pour ne pas la laisser partir trop vite.
L’infirmier, disponible et prévenant, a augmenté les doses de morphine, il lâche pour nous rassurer:
-"elle ne va plus souffrir".
J'ai embrassé Éliane une dernière fois, son corps semblait apaisé, son visage reposé.
En refermant la porte de la chambre, je savais que demain, je la reverrai morte.
jjr
Une décision de coeur! Des pensées envers toi mon ami qui a su lui consacrer une de tes plus belles chroniques, des pensées pour elle que je n'ai pas connue mais dont tu as su nous parler avec discrétion et amour.
RépondreSupprimer