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La canne fusil

Mon regard se pose toujours sur elle quand je monte à l’étage chez mes parents.
 La canne fusil de mon père accroché au mur de l'escalier,  produit sur moi le même effet de plaisir qu'au temps de mon enfance.
Il est vrai qu'elle est originale et belle cette carabine neuf millimètres, sa crosse en forme de canne, argentée et ciselée d'arabesques fines,  incrustées de couleurs noires qui affirment les contrastes , lui donne toute sa force de séduction. Le canon d'un diamètre et d’une longueur nécessaire au soutien d'une personne cache bien son jeu, et  bien malin qui au premier regard peut soupçonner une arme à feu.
Cette canne fusil appartenait à mon grand père, et mon père grand amoureux des armes en hérita. Il ne l'utilisa pourtant qu'une seule et unique fois.
L' hiver de mes dix ans fut rigoureux en pays Commingeois.
 Les mésanges, les rouges gorges, et les moineaux tenaillés par la faim, sortaient de leurs refuges pour chercher à se nourrir. 
Ils étaient nombreux et piaillaient leur impatience de revoir le printemps.
Moi je demandais à mon père avec l'insistance que peuvent déployer les enfants qui désirent fortement quelques chose, de m’emmener avec lui et la canne fusil à la chasse aux ortolans.
Mon souhait fut exaucé, et par un beau dimanche ensoleillé et froid du mois de février, je me retrouvais en sa compagnie  sur la route de la gentille, qui menait aux berges de la Garonne, lieu dit  "Le trou de bompunt", ou il savait me disait-il trouver des nuées d'oiseaux.
Je ne doutais pas de ses dire, j'aimais mon père de toutes mes forces, il était mon héros . Je l'aurais suivi au bout du monde.
La veille, il avait neigé, et nous marchions ce matin là, à pas feutré sur un beau manteau neigeux qui illuminait de joie mes yeux d'enfant.
Mon rôle était de jouer le chien d'arrêt, et chaque fois que j'apercevais un oiseau je criais:
"-là papa, là,  un oiseau!."
Celui -ci armait alors à l'aide d'un petit crochet le percuteur très sensible de la canne, puis positionnait le bout de son pousse en dessous pour déclencher si nécessaire le coup de feu.
Je ne ne rendais pas compte que mes cris trop enthousiastes faisaient fuir les volatiles, et mes deceptions étaient à la hauteur de mes espoirs.
Mon père lui s'amusait de mes déconvenues,  la matinée passa ainsi, Pierre à plusieurs reprises tenta de faire feu. 
 Malgré le froid les oiseaux se méfiaient de nous et restaient a bonne distance de sa volée de plomb.
Sur le chemin du retour, nous n'avions toujours aucun gibier dans la besace.  Mes espoirs de chasseur débutant restaient pourtant intacts.
 Je courrais et virevoltais dans tous les coins de ces bords de Garonne imaginant débusquer la nuée de moineaux qui garniraient nos assiettes.
Je cru un instant que cela venais d'arriver, car je senti  le souffle puissant d'une multitude de plombs passer au dessus de ma tête, et entendis enfin pour la première fois le bruit sec de la détonation de la canne fusil.
Mes yeux cherchaient partout, tout autour de moi les nombreux cadavres d'oiseaux.
 Mais rien,  pas le moindre morceau de plume ou de duvet.
Perplexe, je me retournais alors vers mon père pour comprendre ce sortilège. 
L'image qu'il me renvoya me plongea dans une incompréhension plus grande encore.
La canne fusil à bout de bras, des larmes plein les yeux, interloqué, choqué par ce qui venait de se produire, Pierre  restait figé,comme s'il venait d'apercevoir le diable.
Un long moment se passa, comme çà, ou il me regardais fixement, j'aurais pu croire qu'il me voyais pour la première fois.
Il repris enfin ses esprits, et d'une voix tremblante ou la colère pointait, et qui n'aurait supporté aucune contradiction il dit:
-"c'est fini on rentre"
Je ne compris que bien plus tard ce qui c’était passé, mais parfois je doute que ce  soit vraiment arrivé.
Cette matinée de chasse aux ortolans, Pierre mon père l'a effacée de sa mémoire.
                                                                                                                                jjr


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