Mon fils vient de naître, la sage-femme le dépose sur le ventre de sa mère.
Radieuse,
épuisée par l'effort, elle contemple notre progéniture avec déjà dans les yeux abnégation et
attachement.
Je
suis anéanti, je viens juste de comprendre ma non implication dans cet acte
naturel de la vie.
Je
revois ce merveilleux instant où, tous les deux, nous avons posé nos regards
sur le test de grossesse.
Qu'elle
était belle cette auréole brunâtre qui a emballé nos cœurs, sellé nos destins
et transformé à jamais notre existence !
A
ce moment-là, je me suis, moi aussi comme elle, senti enceint.
Les
semaines qui ont suivi ont commencé à transformer le corps et l'esprit de ma
compagne.
Je
n’étais pas en reste, je ressentais, moi aussi, les profonds changements
qu'occasionne la grossesse- pas comme elle bien-entendu, mais à ma manière d’homme qui désire au
plus profond de son être, enfanter lui aussi.
Les
mois ont passé, porteurs pour la maman des petits désagréments du début de son
statut de femme au ventre rond, révélant aussi les joies suscitées par les premiers signes de vie
tangibles du bébé.
Pour
ma part, j'ai continué à fantasmer au fil des échographies, des visites chez le
médecin, des coups de pieds dans son ventre, sur ma situation d'homme enceint.
Longtemps
j'ai intellectualisé avec force mots et grande naïveté notre accouchement
prochain.
En
cette année mille- neuf -cent -quatre-vingt-sept, devant ma compagne et ce fils
qui cri son envie de vivre, je comprends avec douleur mais aussi avec un
grand bonheur, la force de mon égarement.
Comment
ai-je pu croire en une égalité dans la procréation?
Est-il
si difficile de trouver une place de père dans cette société?
Les
faits sont là et la réalité s'impose à moi, ce dix-neuf février. Il me faut, à
présent, me préparer à vivre ma véritable grossesse d’homme -celle qui
durera plusieurs années, qui m'obligera à imaginer et à construire ma
place de père, à créer des liens
Indéfectibles
avec ce fils, à lui donner mon amour et lui offrir ma présence à ses côtés.
Viendra
alors le jour où il volera de ses
propres ailes.
Je
pourrai enfin entamer mon accouchement et me laisser envahir par les
contractions douloureuses de la séparation.
Je
l’expulserais de toute ma force d'homme enceint et comme sa maman, je pourrais
être rayonnant et épuisé par l'effort.
JJR
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