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Blanche (ou les remords de mon père)

Nous étions allés la chercher chez une vieille dame du village,mon père et moi.Ma mère ne voulait pas en entendre parler,mes sœurs semblaient en avoir peur.
La première fois que je l'ai vu, elle vivait dans un bocal a poisson rouge avec trois ou quatre de ses congénères.La vieille dame me demanda de m'approcher et de  choisir celle qui me plairait le plus.
Un peu effrayé quand même,je me mis a examiner de plus prêt ces créatures a robe blanche et aux yeux rouges qui n'en finissaient pas de se croiser a toute vitesse dans leur tanière de verre.
A mon grand désespoir,elle me semblèrent toutes identiques,et je n'arrivais pas a me décider pour en designer une.
Devant mon désarroi,Pierre mon père montra du doigt celle qui repartirait avec nous.Elle avait la frimousse rieuse,le pelage luisant et surtout une longue queue sans poil d'un rose repoussant.
C’était la plus jolie petite souris blanche qu'il m'avait été donné de rencontrer de ma vie, et nous venions de l'adopter.
Notre arrivée a la maison fut haute en émotions,mes sœurs criaient de joie et de peur a la vue de l'animal que je tenais fièrement entre mes mains.
Ma mère restait plus circonspecte et distante face a ce rat de laboratoire.
Pierre était a la manœuvre,il fallait a présent aménager a blanche un logis ou elle puisse se mouvoir,prendre ses aises,faire son nid en un mot vivre sa vie.
Munit de ses outils de bricoleur il commença a construire une armature en bois,faite de quatre longueurs cylindriques,(le vieux balai de l'atelier y perdit la vie) de deux planchettes carrées en sapin, qui servirent de plancher et de toit;Et pour finir il clouta tout autour de la cage du grillage a maille hexagonale,percé d'une petite porte taillée dans un morceau de plaque en plexiglas.
L affaire était  faite.Je restais sans voix devant l'ingéniosité de mon père,j' étais heureux pour Blanche qui allait avoir sa maison.
Les jours qui suivirent ne furent qu'un long défilé devant sa cage .Les uns venait voir si elle ne manquait de rien ,les autres intrigués par l'animal apprenaient la vie des animaux. Minette notre chatte siamoise semblait elle aussi très intéressée par la nouvelle venue.
Ce détail n’échappa pas a mon père,qui pour mettre Blanche a l'abri de ses babines,suspendit la cage au plafond de la cuisine juste au dessus du frigidaire.
Il ne fallu pas attendre très longtemps pour que Blanche séduise toute la famille.Celle-ci passait de main en main sans crainte,et paraissait prendre beaucoup de plaisir a être caressée.
Il est même arrivé que j’emmène blanche avec moi a l’école,je la glissais sous ma chemise ou elle restait blottie la plus part du temps.Bien-sur je ne pouvais m’empêcher pendant les recréations de présenter la souris a mes camarades.Elle créait l’événement et faisait peur aux filles;et même un peu a la maitresse qui s 'adressa a ma mère pour que Blanche ne remette plus les pattes  a l'école.
Mon père semblait lui aussi conquit par cette charmante bestiole,il s'occupait d'elle avec attention,la nourrissait et nettoyait sa cage régulièrement.
Chaque matin avant de partir pour son travail,il avait pris l'habitude d’émettre un sifflement qui avait pour effet d'amener Blanche a sortir la tête par l'un des trous du grillage.Il s'approchait alors de la belle et déposait  un baiser sur le bout de son museau.
Ce rituel dura plusieurs mois,et Pierre n’était pas peu fier de ce petit jeu amusant qui réjouissait toute la maisonnée.
Depuis que Blanche nous avait rejoint,nous étions devenue une famille pleine de gaieté.Cette petite souris nous faisait du bien.
Pourtant un matin d'hiver,après avoir bu son café,et comme a l'accoutumé Pierre  appela Blanche,qui s'empressa de passer la tête par le grillage pour recevoir le baiser de mon père. 
Celui-ci ne pris pas garde au drame qui était entrain de se jouer,et partit travailler.
Blanche ce matin la avait passée la tête dans une maille plus petite du grillage,et n'arrivait plus a s'en dégager. La pauvrette poussait de petits cris stridents qui ne manquérent pas d’alerter Minette notre chatte, qui d'un bon sauta sur le frigo et d'un autre lui trancha la tête.
 J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps sans pouvoir m' arrêter, mais elle n’étaient rien comparé a la tristesse que je lisais sur le visage de mon père.
longtemps il fut rongé par les remords
                                                                                        jjr


Commentaires

  1. Histoire pleine de gaité et je ne retiendrai que cela. Enfin quoi! Des baisers sur le museau, pas ordinaire pour une petite souris qui en a bien profité dans cette famille d'accueil. Alors oui, tout à une fin parfois tragique mais finir dans la gueule d'un chat parce que prisonnière ou pas ça fait partie d'une vie de souris, non? Je penserai quand même à Blanche quand je rencontrerai ses homologues.

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