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Le Poilu de la grande guerre







Les guerres sont une ignominie. Un moyen, pour ceux qui les déclenchent, d’asseoir leur soif de domination. Une exhortation, pour tous ceux qui les font à laisser naître pour les assouvir, leurs instincts primaires. 

l’écoute des histoires guerrières que me racontait Pierre Anè, "dit Pierrougne", a fait naître en moi un profond dégoût pour la barbarie des hommes.
Ce vieillard octogénaire, était mon voisin quand je n’étais encore qu’un petit garçon. Chaque jour de l’année, il allait soigner ses poules et passait devant la cour dans laquelle je jouais après l’école, pour rejoindre le poulailler qui jouxtait notre maison.
Son passage était pour moi la certitude d’entendre  l'une de ses extraordinaires aventures qu’il avait vécu, pendant la Grande Guerre de 1914-1918.
Je m’empressais donc, lors de nos rencontres, de le questionner à ce sujet.
Je l’abordais toujours ainsi : -Pierrougne, c’était comment la guerre que vous avez faite ?
Le vieil homme ne se faisait pas beaucoup prier pour raconter. J’étais alors emporté par ses mots, sur les champs de bataille, où j’imaginais les atrocités qu’il avait dû endurer dans des tranchées remplies d’eau, le fusil sur les épaules pour ne pas le mouiller, les rats qui couraient sur les cadavres, ceux là même qu’il chassait pour ce nourrir, les peurs qui le saisissait quand il devait quitter sa position et tenter une sortie. Le bruit sourd des obus qui pleuvaient de tous côtés et le laissait démuni et vide devant tant d’absurdité.
Écouter ses récits, m’effrayais beaucoup et remplissait mes yeux d’enfant d’une admiration sans limite pour son courage. Le vieux monsieur, par ses souvenirs, m’aidait à bannir les violences, à comprendre la nature humaine et à grandir dans ce monde guerrier qui s’ouvrait à moi.
J’aimais ce « poilu » de la Grande Guerre, ses traits de vieillard, sa démarche lente et voûtée, son béret poussiéreux, ses histoires sur la ligne Maginot.
Pourtant, il me fut enlevé par une froide journée d’hiver. Un attroupement de personnes devant sa maison m’inquiéta au retour de l'école et je compris à la vive douleur qui inonda mon ventre, qu'il venait de livrer sa dernière bataille.
Recroquevillé devant sa fenêtre, le vieux « poilu » de la Drôle de Guerre venait de déposer les armes.
                                                                      
                                                                   JJR

Commentaires

  1. Bizarre - ce 11/11/ 2018 - je repensais à lui que j'ai bien connu (je n'habitais pas au bediau) - et je pense souvent à lui qui racontais sa guerre et tentait avec mon père des comparaisons avec 39/45 - laquelle était la plus terrible ? J'ai déposé qqes fleurs sur sa tombe il y a environ 5 ans - sa tombe au fond du cimetière - en me demandant si quelqu'un pensait à lui de temps en temps (je suis éloigné et passe rarement dans le comminges) et me voilà surpris et heureux de trouver un article sur lui en ce jour - il y a 100 ans, il y était - bravo Pierrougne et à la bosto !! Béné tasta un cop de bin !!

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    Réponses
    1. Merci pour votre message. Quel réconfort de penser que nous sommes deux à nous souvenir de lui. Il aura marqué nos esprits avec sa drôle de guerre. hier pour l' hommage du centenaire, avec mon saxophone soprano, j'ai joué pour lui, pour eux, les hymnes du souvenir. J'ai aimé le faire, pour leur bravoure dans un conflit aussi sanglant, qu'ils ont subit jusqu'à y perdre la vie. J'irai le saluer maintenant que je sais ou il repose. Je lui dirai du bien de vous… dommage je ne connais pas votre nom. Merci encore. JJR

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    2. Je pensais que mon adresse mail était sur le message : bellan.pierre@wanadoo.fr 34200 Sete
      Et c'est avec grand plaisir que j'ai lu votre message

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  2. J'ai déjà envoyé une réponse mais ne sait si elle t'es parvenue - je me permet de tutoyer - suis pas expert informatique - je pensais que mon adresse mail y était -
    bellan.pierre@wanadoo.fr
    Ne sait si ce nom te dit qq chose - j'habitais au bout du pont
    Bravo pour le concert au 🎷 saxo - j'aime la musique !!
    Je prendrai un moment pour lire tes textes
    À dichats (je ne connais pas l'orthographe du patois)

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